Études de cas
28 juillet 2020

Cas #

2020.05

Questionner les pratiques numériques d'habitants de quartiers prioritaires

En 2018, le Lab Ouishare x Chronos lance Capital numérique, une recherche-action pour interroger les pratiques numériques d'habitants de quatre quartiers prioritaires (à Bagnolet, Bobigny, Besançon et Saint-Laurent-du-Maroni). Le projet a été soutenu par de nombreux partenaires publics et privés : la Banque des Territoires, l'ADEME, l'ANRU, Est Ensemble, Orange, la MAIF, l'Agence du numérique, Pôle Emploi et CDC Habitat. Un an et demi plus tard, après de nombreuses lectures, beaucoup d'entretiens et plusieurs ateliers, nous livrons nos principaux enseignements et pistes d'expérimentation.

Capital numérique est née d'une volonté forte : interroger les mythes autour de la fracture numérique dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), et proposer des solutions qui augmentent le pouvoir d'agir des habitants de ces quartiers.

Cette recherche-action partait d'un constat double. D'une part, le numérique constitue un eldorado en trompe l’œil. Il n’a pas résorbé les inégalités sociales et territoriales. D'autre part, la conception des services numériques souffre souvent d'une approche technocentrée. Elle se base sur une compréhension insuffisamment fine des pratiques réelles, des besoins et des attentes des habitants de ces quartiers.

Le Lab Ouishare x Chronos, espace de réflexion autour de la ville et de ses émergences, s'est donc saisi de ce sujet critique.

Infographie sur les pratiques numériques des jeunes réalisée suite à une discussion à La Noue (Bagnolet)

Une recherche-action unique en son genre

Capital numérique s'est construite sur le temps et de façon contextualisée, en fonction de nos partenaires et interlocuteurs - tout en affirmant dès le départ trois partis-pris méthodologiques forts :

La première phase de la recherche a consisté en une revue de littérature fouillée, permettant de mieux cerner les enjeux de notre sujet avant de nous y confronter pour de vrai, sur le terrain. Tout au long de l'enquête, nous avons également utilisé des grilles d'entretiens semi-directifs et nous sommes entourés de plusieurs chercheurs pour confronter nos travaux.

En tout, nous avons passé plusieurs mois sur nos quatre terrains d’enquête. Nous     avons privilégié des temps d'échanges longs et récurrents, tant avec les professionnels qu'avec les habitants des quartiers. Parfois, nous avons pu passer plus d'une heure à discuter avec un habitant. Au total, nous en avons interrogé 211 et avons gagné leur confiance.    

Dès le départ, nous avons souhaité faire de cette recherche un véritable outil pour l'action. Plutôt que de nous contenter de produire un rapport final, nous avions l'ambition de dessiner des pistes d'expérimentation pour que nos enseignements servent à celles et ceux qui les vivent au quotidien. C'est pour répondre à cet objectif que nous avons organisé une série d'ateliers de co-production de pistes d'action avec nos partenaires. C'est également dans cet esprit que nous avons préparé la restitution finale de l'étude, intitulée « Passons à l'action ». Nous avons conçu cet événement comme un moyen de faciliter les rencontres entre différentes personnes, afin de favoriser leurs collaborations futures.

Le numérique n'est ni le problème, ni la solution

Cette recherche-action de plus d'un an et demi, sur quatre quartiers, aura été riche d'enseignements. Sur les pratiques numériques dans les quartiers prioritaires, nous avons constaté :

Captation visuelle réalisée par Angel Ip lors d'un atelier avec des professionnels de la médiation (sociale, numérique, cultuerelle, etc) à Bagnolet

Des croisements fertiles entre les quotidiens, les expériences et les savoirs

Nous avons beaucoup appris de cette recherche-action, au-delà même des connaissances accumulées relativement à son objet initial, les « pratiques numériques des habitants des QPV ».

Notre temps passé sur le terrain à se confronter aux réalités quotidiennes des habitants, sans compter les minutes, s'est révélé aussi bien difficile à certains moments qu'indispensable. A la fois pour comprendre leurs situations de vie et proposer des actions adaptées mais également pour devenir de véritables tiers de confiance au sein même de ces quartiers.

Aussi, à l’issue de nos travaux, le discours différent et affirmé que nous avons porté sur les quartiers et l'inclusion numérique a eu plusieurs vertus. En mettant des mots sur les réalités vécues par de nombreux travailleurs sociaux, éducateurs et associations dans les quartiers, nous les avons non seulement rassurés et soulagés mais nous avons été en mesure de porter des positions fortes au plus haut-niveau – positions qu'eux mêmes n’auraient pas pu tenir en tant que parties prenantes.

Également, nous avons mis en valeur des travaux de chercheurs qui, bien que pointant depuis plusieurs années déjà des constats similaires aux nôtres, n'étaient pas écoutés par les décideurs. A ce titre, la tribune que nous avons publiée dans Libération - Non, il ne faut pas combattre la fracture numérique ! - fut un formidable porte-voix.

En proposant des espaces de rencontre et de dialogue entre des mondes qui se côtoient peu (acteurs liés aux « quartiers prioritaires », acteurs sociaux, acteurs de la médiation numérique, entrepreneurs, etc.), nous avons ouvert la voie à des collaborations inédites.

Enfin, bien que l'exercice de définition des pistes d'expérimentation à l'issue de l'étude se révéla difficile, nous sommes convaincus de son intérêt. En fournissant un prétexte et une matière à l'échange entre différentes parties prenantes, il facilite l'élaboration et la mise en œuvre d'actions concrètes, en adéquation avec les besoins et réalités de chaque territoire.

Lire le rapport final

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