Magazine
June 10, 2022

L’histoire de nos sociétés industrielles est un réservoir infini de liberté

On parle aujourd’hui beaucoup de “transitions”. Quelles sont-elles et comment les mettre en perspective avec notre histoire récente ?

François Jarrige : Les deux urgences du moment sont la transition numérique et la transition écologique. La transition numérique est censée être la condition de faisabilité de la transition écologique, parce que c’est elle qui va permettre d’optimiser les flux de matière, de diminuer nos consommations d’énergie, de CO, etc. Mais c’est oublier l’effet rebond théorisé par l’économiste britannique Stanley Jevons en 1865. Il prédisait alors l’épuisement des mines de charbon et donc l’effondrement de l’économie anglaise. Les économistes répondirent à cette alerte que les convertisseurs énergétiques allaient être optimisés. Sauf qu’en optimisant les processus, on les utilise beaucoup plus ! C’est aussi l’histoire de la voiture dans les années 70. On la dénonçait comme trop énergivore et trop polluante. Les industriels répondirent en promettant l’avènement de la voiture propre pour les années 2000. Aujourd’hui, il est vrai que les voitures ont amélioré leur efficacité énergétique, mais elles sont aussi devenues plus lourdes, les familles en possèdent plusieurs et les utilisent davantage… Conséquence : la consommation de pétrole pour les déplacements automobiles à continué d’augmenter alors qu’elle devait diminuer ! L’histoire se répète avec la transition numérique. En promettant d’optimiser nos processus, elle ne va en réalité qu’entraîner toute une série d'usages nouveaux et donc augmenter la demande d’énergie.

La foi dans le progrès technique naît au milieu du 19e siècle.

Notre société est donc aveugle aux productions et aux consommations énergétiques, en bref au monde physique ?

F. J : Notre économie politique actuelle se fonde sur des modèles mathématiques hors-sol, qui considèrent l‘économie comme un système clos, détaché des écosystèmes et du monde physique et qui fonctionnerait grâce au progrès technique selon sa propre dynamique interne. L’installation au cours des deux derniers siècles de cette science économique explique les processus sociaux et politiques publiques à l'œuvre. Mais cette “science” est elle-même invisible à la réalité physique du monde comme le dénoncent des physiciens et des économistes hétérodoxes depuis longtemps. Nos économies sont très énergivores, mais personne ne sait d’où vient notre énergie ! Pour moi, le cœur du travail consiste donc à visibiliser les flux de production et de consommation. Ces flux ont été invisibilisés : par exemple, le déploiement de l’électricité a permis de mettre à distance les lieux de production des lieux de consommation d’énergie. 

Comment expliquer cet aveuglement ?

F. J : Le techno-solutionnisme, un terme proposé par le chercheur Evgeny Morozov et qui renvoie à la croyance selon laquelle des solutions techniques peuvent résoudre des problèmes sociaux, politiques, culturels ou écologiques, explique en partie cet aveuglement. La foi dans le progrès technique naît au milieu du 19e siècle, lorsque l’industrialisation s’intensifie et que les grandes expositions universelles sont organisées. Un nouveau régime d’historicité naît alors : notre relation au temps se projette de plus en plus vers l’avenir au moyen de techniques puissantes. Il s’agit d’un véritable basculement anthropologique : la technique devient le moteur du changement de l’histoire. 

Ce mouvement est soutenu par des ingénieurs, notamment ceux des Mines qui acquièrent au 19ème siècle une position de plus en plus centrale dans les corps des grands ingénieurs d’Etat. Leur mission historique est d’installer la machine à vapeur, de développer l’industrie minière et les applications du charbon et de la vapeur dans un maximum de secteurs d’activités. Au début du 19e siècle, le charbon est d’ailleurs pensé comme une réponse aux crises écologiques de la fin du 18e siècle en permettant d’économiser la biomasse forestière et enrayer la déforestation du continent ! 

Dans un contexte néolibéral mondialisé, les gouvernements n’ont plus qu’une seule façon de donner l’impression qu’ils agissent sur le réel : relancer le récit modernisateur.

Cette prégnance des ingénieurs et de la foi dans le progrès technique s’illustre de façon très concrète dans les confrontations entre riverains et ingénieurs au 19e siècle, au sujet des fumées émanant des usines. À chaque fois que les gens se plaignaient de la pollution, la réponse des ingénieurs consiste en une énième innovation technique. Ici, des fourneaux fumivores étaient mis en place : ils devaient brûler et filtrer la fumée, sans en émettre aucune. Le grand mythe de la machine qui ne rejette aucune pollution grâce à l’innovation s’installe peu à peu. Selon le même principe, les cheminées sont passées de 5 mètres de hauteur environ à plus de 200 mètres pour certaines dans les grands bassins industriels. De même, l’invention de pots catalytiques capables de filtrer les particules fines devait supprimer les pollutions dans les années 1970. Ce type de promesse technique qui ne cesse de ressurgir déplace les débats et disqualifie les autres solutions comme réduire l’usage du charbon ou de la voiture, et fait croire qu’il y aura toujours une réponse technique à tout problème.

Dans quelle mesure observons-nous les mêmes mécanismes aujourd’hui ?

F. J : Aujourd’hui, comme nous sommes une impasse écologique, sans levier pour agir structurellement sur le monde, la seule solution proposée par les élus semble consister à renouveler la fable du progrès technique née au 19e siècle. Nous pensons toujours que grâce à l’ingéniosité humaine, nous inventerons des réponses techniques pour résoudre nos problèmes, qui sont en réalité fondamentalement des problèmes d’organisation sociale et de représentation du monde.

On le voit avec le changement climatique, qui reconfigure tous les débats et invisibilise d’autres problèmes écologiques tout aussi massifs comme la perte de biodiversité. La course à la meilleure solution technique pour résoudre le problème des gaz à effet de serre est lancée : captage de CO2, géo-ingénierie, optimisation des processus par surveillance algorithmique etc. 

Tous les gouvernements, dans un contexte néolibéral mondialisé où les gouvernants ont été privés de toute marge d’action pour agir sur le réel, n’ont plus qu’une seule façon de donner l’impression qu’ils agissent ; celle de faire des CAC40 de start-ups, d’investir des milliards dans la 5G, de montrer que l’on est dans le sens du progrès et de relancer le récit modernisateur.

Si la machine à vapeur s’est imposée, c’est parce qu’elle répondait mieux à la rationalité capitaliste.

Et pourtant, cette histoire du progrès technique n’est-elle pas en partie fantasmée ? Quelle lecture proposez-vous ?

F. J : A rebours du discours dominant, l’histoire énergétique n’est ni progressiste ni linéaire. Aucune technique, de  la machine à vapeur à la centrale nucléaire en passant par le moteur à explosion, n'était destinée à s’imposer. En réalité, une grande partie des acteurs a toujours essayé d'éviter les grands convertisseurs de la puissance (machine à vapeur ou moteur à explosion par exemple), en expérimentant des pratiques alternatives. 

Par exemple, la machine à vapeur met un siècle à s’installer. Elle n’améliore en rien les conditions de travail et fonctionne mal. Jusque dans les années 1870, leur rendement est très mauvais et le coût d’extraction du charbon est prohibitif. Les animaux, les cours d’eau, les moulins à vent ou les bras des hommes sont donc  souvent privilégiés car plus rentables et efficaces. 

Dans son livre « Le Capital Fossile », Andreas Malm formule également cette idée selon laquelle la machine à vapeur ne s’est pas imposée par sa supériorité intrinsèque. Si la machine à vapeur s’est imposée, c’est parce qu’elle répondait mieux à la rationalité capitaliste, et plus précisément à la régularité dans les productions. La machine à vapeur permettait de ne pas être dépendant des aléas des cours d’eau, de leur localisation. 

En miroir du récit triomphant de l’invention de la machine à vapeur, qui s’inscrit dans une histoire de l’innovation, de la modernité et de la puissance, les roues hydrauliques ou encore les manèges de chevaux ont été invisibilisés. Et pourtant, ce qui perdure dans la réalité des pratiques sociales au 19e siècle, ce sont bien ces machines-là. Les manèges de chevaux sont omniprésents en France jusqu’au début du XXe siècle, ils offrent une source d’énergie pour les classes populaires, le petit artisanat rural, et les paysans, pour toute une série d’usages sociaux extrêmement importants. Ce n’est donc pas un archaïsme qui aurait été remplacé par un système à vapeur mais un système technique qui résiste à l’imposition de la machine à vapeur pour certains usages, pour des acteurs qui n’ont pas les moyens d’acheter la machine à vapeur.

Le techno-solutionnisme est-il donc également aveugle aux réalités sociales ?

F. J : L’énergie est principalement pensée comme un ensemble de processus techniques et physiques, alors que ce sont aussi fondamentalement des processus sociaux et politiques. Ce sont des pratiques, des manières de vivre, des agencements entre nous et le monde et des représentations culturelles de ce qui est bien et mal. L’enjeu consiste à visibiliser ces pratiques sociales qui sous-tendent notre rapport à l’énergie, de la même façon que nous devons visibiliser nos flux énergétiques. 

Par exemple, au 18e siècle, la norme sociale de confort thermique était de 12°C. Elle est aujourd’hui aux alentours de 20°C. Tout cela, ce sont des constructions sociales et culturelles. Il est donc primordial de sortir du seul imaginaire du physicien ou de l’ingénieur : il nous faut transformer nos imaginaires sociaux, et ensuite construire les systèmes techniques qui vont avec. Et c’est bien toute la difficulté à laquelle nous sommes confrontés ! Comment transforme-t-on notre rapport au monde, nos pratiques sociales ? Comment sortir de cette fascination consumériste, pour la vitesse, etc. ?

Quels sont les écueils dans notre manière de penser l’évolution énergétique et technique ?

F. .J : L’écueil principal consisterait à laisser de côté la question fondamentale qui est celle de la décroissance. Plutôt que de parler de contraction de notre consommation et de notre production, on ne cesse d’imaginer des manières de produire mieux. C’est ce qu’il s’est passé au début du 20e siècle, avec l’invention du “charbon propre”. Lorsque le pétrole commence à arriver et que l’on remplace les bateaux à vapeur par des bateaux actionnés par le fioul, les industriels du charbon disent utiliser un charbon propre. C’est une stratégie rhétorique, fréquente, pour mettre à distance la nécessité de la contraction de nos consommations et nos productions.

De la même façon, la croyance dans les phénomènes de “dilution” a longtemps permis d’éviter la question de la décroissance. Fondée sur l’idée selon laquelle la Terre serait suffisamment grande pour absorber tous nos déchets, par l’air ou par l’eau, elle a conduit à installer des industries chimiques près des cours d’eau. Dans les années 70, on met même les déchets nucléaires dans des conteneurs que l’on jette dans l’océan, que l’on pense suffisamment grand pour “absorber” cette pollution ! Pour ensuite interdire cette pratique... Cet argument est aujourd’hui difficilement recevable, le mythe de la dilution ne tient plus, même si certains continuent de rêver de conquêtes spatiales.

Les débats autour de la pollution et des ressources énergétiques ne datent donc pas d’hier. Quel rôle peut jouer l’histoire dans la compréhension de ces controverses ?

F. J. : L’histoire n’est pas seulement un réservoir d’expérience dont on pourrait s’inspirer mais elle est d’abord l’analyse de rapports de force qui se sont fossilisés. Faire de l’histoire, c’est montrer que ces rapports de force ne sont pas inéluctables : les sociétés humaines ont fonctionné différemment, à la marge et loin du récit dominant. Cela a un effet de décentrement et de libération. Se rendre compte que l’on peut vivre différemment, que l’on peut entretenir un autre rapport au monde, c’est déjà l’ouverture d’un champ des possibles. En ce sens l’historien explorant des sociétés et des mondes passés se rapproche à mon sens du travail de l’ethnologue qui enquête sur d’autres populations lointaines. La question est de savoir comment inventer des futurs différents et sortir du présentisme qui nous enferme. L’histoire est un réservoir infini de liberté.

____

François Jarrige est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne. Il s'intéresse à l’histoire des sociétés industrielles et interroge les conflits, débats et controverses qui accompagnent les changements techniques et l’industrialisation de l’Occident.

____

Sur le même sujet :

> Entretien avec Jean-Baptiste Fressoz : Sous la technique, les matières

> Rapport d’étonnement du Ouishare Fest “C’est une question de temps”

> Entretien avec Rob Hopkins : La résilience pour imaginer demain plutôt que perpétuer hier

L’histoire de nos sociétés industrielles est un réservoir infini de liberté

by 
Anthony Cara et Taoufik Vallipuram
Magazine
June 8, 2022
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‍ENTRETIEN avec François Jarrige. La transition énergétique est sur toutes les lèvres. Dans un contexte climatique et géopolitique pour le moins tendu, il n’est plus possible de faire l’impasse sur cette question. Comment l’histoire de nos sociétés industrielles nous permet-elle de l’éclairer ? Au fond, qu’est-ce qui se joue dans nos productions et consommations énergétiques, ainsi que dans notre compréhension de celles-ci ?

On parle aujourd’hui beaucoup de “transitions”. Quelles sont-elles et comment les mettre en perspective avec notre histoire récente ?

François Jarrige : Les deux urgences du moment sont la transition numérique et la transition écologique. La transition numérique est censée être la condition de faisabilité de la transition écologique, parce que c’est elle qui va permettre d’optimiser les flux de matière, de diminuer nos consommations d’énergie, de CO, etc. Mais c’est oublier l’effet rebond théorisé par l’économiste britannique Stanley Jevons en 1865. Il prédisait alors l’épuisement des mines de charbon et donc l’effondrement de l’économie anglaise. Les économistes répondirent à cette alerte que les convertisseurs énergétiques allaient être optimisés. Sauf qu’en optimisant les processus, on les utilise beaucoup plus ! C’est aussi l’histoire de la voiture dans les années 70. On la dénonçait comme trop énergivore et trop polluante. Les industriels répondirent en promettant l’avènement de la voiture propre pour les années 2000. Aujourd’hui, il est vrai que les voitures ont amélioré leur efficacité énergétique, mais elles sont aussi devenues plus lourdes, les familles en possèdent plusieurs et les utilisent davantage… Conséquence : la consommation de pétrole pour les déplacements automobiles à continué d’augmenter alors qu’elle devait diminuer ! L’histoire se répète avec la transition numérique. En promettant d’optimiser nos processus, elle ne va en réalité qu’entraîner toute une série d'usages nouveaux et donc augmenter la demande d’énergie.

La foi dans le progrès technique naît au milieu du 19e siècle.

Notre société est donc aveugle aux productions et aux consommations énergétiques, en bref au monde physique ?

F. J : Notre économie politique actuelle se fonde sur des modèles mathématiques hors-sol, qui considèrent l‘économie comme un système clos, détaché des écosystèmes et du monde physique et qui fonctionnerait grâce au progrès technique selon sa propre dynamique interne. L’installation au cours des deux derniers siècles de cette science économique explique les processus sociaux et politiques publiques à l'œuvre. Mais cette “science” est elle-même invisible à la réalité physique du monde comme le dénoncent des physiciens et des économistes hétérodoxes depuis longtemps. Nos économies sont très énergivores, mais personne ne sait d’où vient notre énergie ! Pour moi, le cœur du travail consiste donc à visibiliser les flux de production et de consommation. Ces flux ont été invisibilisés : par exemple, le déploiement de l’électricité a permis de mettre à distance les lieux de production des lieux de consommation d’énergie. 

Comment expliquer cet aveuglement ?

F. J : Le techno-solutionnisme, un terme proposé par le chercheur Evgeny Morozov et qui renvoie à la croyance selon laquelle des solutions techniques peuvent résoudre des problèmes sociaux, politiques, culturels ou écologiques, explique en partie cet aveuglement. La foi dans le progrès technique naît au milieu du 19e siècle, lorsque l’industrialisation s’intensifie et que les grandes expositions universelles sont organisées. Un nouveau régime d’historicité naît alors : notre relation au temps se projette de plus en plus vers l’avenir au moyen de techniques puissantes. Il s’agit d’un véritable basculement anthropologique : la technique devient le moteur du changement de l’histoire. 

Ce mouvement est soutenu par des ingénieurs, notamment ceux des Mines qui acquièrent au 19ème siècle une position de plus en plus centrale dans les corps des grands ingénieurs d’Etat. Leur mission historique est d’installer la machine à vapeur, de développer l’industrie minière et les applications du charbon et de la vapeur dans un maximum de secteurs d’activités. Au début du 19e siècle, le charbon est d’ailleurs pensé comme une réponse aux crises écologiques de la fin du 18e siècle en permettant d’économiser la biomasse forestière et enrayer la déforestation du continent ! 

Dans un contexte néolibéral mondialisé, les gouvernements n’ont plus qu’une seule façon de donner l’impression qu’ils agissent sur le réel : relancer le récit modernisateur.

Cette prégnance des ingénieurs et de la foi dans le progrès technique s’illustre de façon très concrète dans les confrontations entre riverains et ingénieurs au 19e siècle, au sujet des fumées émanant des usines. À chaque fois que les gens se plaignaient de la pollution, la réponse des ingénieurs consiste en une énième innovation technique. Ici, des fourneaux fumivores étaient mis en place : ils devaient brûler et filtrer la fumée, sans en émettre aucune. Le grand mythe de la machine qui ne rejette aucune pollution grâce à l’innovation s’installe peu à peu. Selon le même principe, les cheminées sont passées de 5 mètres de hauteur environ à plus de 200 mètres pour certaines dans les grands bassins industriels. De même, l’invention de pots catalytiques capables de filtrer les particules fines devait supprimer les pollutions dans les années 1970. Ce type de promesse technique qui ne cesse de ressurgir déplace les débats et disqualifie les autres solutions comme réduire l’usage du charbon ou de la voiture, et fait croire qu’il y aura toujours une réponse technique à tout problème.

Dans quelle mesure observons-nous les mêmes mécanismes aujourd’hui ?

F. J : Aujourd’hui, comme nous sommes une impasse écologique, sans levier pour agir structurellement sur le monde, la seule solution proposée par les élus semble consister à renouveler la fable du progrès technique née au 19e siècle. Nous pensons toujours que grâce à l’ingéniosité humaine, nous inventerons des réponses techniques pour résoudre nos problèmes, qui sont en réalité fondamentalement des problèmes d’organisation sociale et de représentation du monde.

On le voit avec le changement climatique, qui reconfigure tous les débats et invisibilise d’autres problèmes écologiques tout aussi massifs comme la perte de biodiversité. La course à la meilleure solution technique pour résoudre le problème des gaz à effet de serre est lancée : captage de CO2, géo-ingénierie, optimisation des processus par surveillance algorithmique etc. 

Tous les gouvernements, dans un contexte néolibéral mondialisé où les gouvernants ont été privés de toute marge d’action pour agir sur le réel, n’ont plus qu’une seule façon de donner l’impression qu’ils agissent ; celle de faire des CAC40 de start-ups, d’investir des milliards dans la 5G, de montrer que l’on est dans le sens du progrès et de relancer le récit modernisateur.

Si la machine à vapeur s’est imposée, c’est parce qu’elle répondait mieux à la rationalité capitaliste.

Et pourtant, cette histoire du progrès technique n’est-elle pas en partie fantasmée ? Quelle lecture proposez-vous ?

F. J : A rebours du discours dominant, l’histoire énergétique n’est ni progressiste ni linéaire. Aucune technique, de  la machine à vapeur à la centrale nucléaire en passant par le moteur à explosion, n'était destinée à s’imposer. En réalité, une grande partie des acteurs a toujours essayé d'éviter les grands convertisseurs de la puissance (machine à vapeur ou moteur à explosion par exemple), en expérimentant des pratiques alternatives. 

Par exemple, la machine à vapeur met un siècle à s’installer. Elle n’améliore en rien les conditions de travail et fonctionne mal. Jusque dans les années 1870, leur rendement est très mauvais et le coût d’extraction du charbon est prohibitif. Les animaux, les cours d’eau, les moulins à vent ou les bras des hommes sont donc  souvent privilégiés car plus rentables et efficaces. 

Dans son livre « Le Capital Fossile », Andreas Malm formule également cette idée selon laquelle la machine à vapeur ne s’est pas imposée par sa supériorité intrinsèque. Si la machine à vapeur s’est imposée, c’est parce qu’elle répondait mieux à la rationalité capitaliste, et plus précisément à la régularité dans les productions. La machine à vapeur permettait de ne pas être dépendant des aléas des cours d’eau, de leur localisation. 

En miroir du récit triomphant de l’invention de la machine à vapeur, qui s’inscrit dans une histoire de l’innovation, de la modernité et de la puissance, les roues hydrauliques ou encore les manèges de chevaux ont été invisibilisés. Et pourtant, ce qui perdure dans la réalité des pratiques sociales au 19e siècle, ce sont bien ces machines-là. Les manèges de chevaux sont omniprésents en France jusqu’au début du XXe siècle, ils offrent une source d’énergie pour les classes populaires, le petit artisanat rural, et les paysans, pour toute une série d’usages sociaux extrêmement importants. Ce n’est donc pas un archaïsme qui aurait été remplacé par un système à vapeur mais un système technique qui résiste à l’imposition de la machine à vapeur pour certains usages, pour des acteurs qui n’ont pas les moyens d’acheter la machine à vapeur.

Le techno-solutionnisme est-il donc également aveugle aux réalités sociales ?

F. J : L’énergie est principalement pensée comme un ensemble de processus techniques et physiques, alors que ce sont aussi fondamentalement des processus sociaux et politiques. Ce sont des pratiques, des manières de vivre, des agencements entre nous et le monde et des représentations culturelles de ce qui est bien et mal. L’enjeu consiste à visibiliser ces pratiques sociales qui sous-tendent notre rapport à l’énergie, de la même façon que nous devons visibiliser nos flux énergétiques. 

Par exemple, au 18e siècle, la norme sociale de confort thermique était de 12°C. Elle est aujourd’hui aux alentours de 20°C. Tout cela, ce sont des constructions sociales et culturelles. Il est donc primordial de sortir du seul imaginaire du physicien ou de l’ingénieur : il nous faut transformer nos imaginaires sociaux, et ensuite construire les systèmes techniques qui vont avec. Et c’est bien toute la difficulté à laquelle nous sommes confrontés ! Comment transforme-t-on notre rapport au monde, nos pratiques sociales ? Comment sortir de cette fascination consumériste, pour la vitesse, etc. ?

Quels sont les écueils dans notre manière de penser l’évolution énergétique et technique ?

F. .J : L’écueil principal consisterait à laisser de côté la question fondamentale qui est celle de la décroissance. Plutôt que de parler de contraction de notre consommation et de notre production, on ne cesse d’imaginer des manières de produire mieux. C’est ce qu’il s’est passé au début du 20e siècle, avec l’invention du “charbon propre”. Lorsque le pétrole commence à arriver et que l’on remplace les bateaux à vapeur par des bateaux actionnés par le fioul, les industriels du charbon disent utiliser un charbon propre. C’est une stratégie rhétorique, fréquente, pour mettre à distance la nécessité de la contraction de nos consommations et nos productions.

De la même façon, la croyance dans les phénomènes de “dilution” a longtemps permis d’éviter la question de la décroissance. Fondée sur l’idée selon laquelle la Terre serait suffisamment grande pour absorber tous nos déchets, par l’air ou par l’eau, elle a conduit à installer des industries chimiques près des cours d’eau. Dans les années 70, on met même les déchets nucléaires dans des conteneurs que l’on jette dans l’océan, que l’on pense suffisamment grand pour “absorber” cette pollution ! Pour ensuite interdire cette pratique... Cet argument est aujourd’hui difficilement recevable, le mythe de la dilution ne tient plus, même si certains continuent de rêver de conquêtes spatiales.

Les débats autour de la pollution et des ressources énergétiques ne datent donc pas d’hier. Quel rôle peut jouer l’histoire dans la compréhension de ces controverses ?

F. J. : L’histoire n’est pas seulement un réservoir d’expérience dont on pourrait s’inspirer mais elle est d’abord l’analyse de rapports de force qui se sont fossilisés. Faire de l’histoire, c’est montrer que ces rapports de force ne sont pas inéluctables : les sociétés humaines ont fonctionné différemment, à la marge et loin du récit dominant. Cela a un effet de décentrement et de libération. Se rendre compte que l’on peut vivre différemment, que l’on peut entretenir un autre rapport au monde, c’est déjà l’ouverture d’un champ des possibles. En ce sens l’historien explorant des sociétés et des mondes passés se rapproche à mon sens du travail de l’ethnologue qui enquête sur d’autres populations lointaines. La question est de savoir comment inventer des futurs différents et sortir du présentisme qui nous enferme. L’histoire est un réservoir infini de liberté.

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François Jarrige est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne. Il s'intéresse à l’histoire des sociétés industrielles et interroge les conflits, débats et controverses qui accompagnent les changements techniques et l’industrialisation de l’Occident.

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Sur le même sujet :

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Anthony Cara et Taoufik Vallipuram
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June 8, 2022

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‍ENTRETIEN avec François Jarrige. La transition énergétique est sur toutes les lèvres. Dans un contexte climatique et géopolitique pour le moins tendu, il n’est plus possible de faire l’impasse sur cette question. Comment l’histoire de nos sociétés industrielles nous permet-elle de l’éclairer ? Au fond, qu’est-ce qui se joue dans nos productions et consommations énergétiques, ainsi que dans notre compréhension de celles-ci ?

On parle aujourd’hui beaucoup de “transitions”. Quelles sont-elles et comment les mettre en perspective avec notre histoire récente ?

François Jarrige : Les deux urgences du moment sont la transition numérique et la transition écologique. La transition numérique est censée être la condition de faisabilité de la transition écologique, parce que c’est elle qui va permettre d’optimiser les flux de matière, de diminuer nos consommations d’énergie, de CO, etc. Mais c’est oublier l’effet rebond théorisé par l’économiste britannique Stanley Jevons en 1865. Il prédisait alors l’épuisement des mines de charbon et donc l’effondrement de l’économie anglaise. Les économistes répondirent à cette alerte que les convertisseurs énergétiques allaient être optimisés. Sauf qu’en optimisant les processus, on les utilise beaucoup plus ! C’est aussi l’histoire de la voiture dans les années 70. On la dénonçait comme trop énergivore et trop polluante. Les industriels répondirent en promettant l’avènement de la voiture propre pour les années 2000. Aujourd’hui, il est vrai que les voitures ont amélioré leur efficacité énergétique, mais elles sont aussi devenues plus lourdes, les familles en possèdent plusieurs et les utilisent davantage… Conséquence : la consommation de pétrole pour les déplacements automobiles à continué d’augmenter alors qu’elle devait diminuer ! L’histoire se répète avec la transition numérique. En promettant d’optimiser nos processus, elle ne va en réalité qu’entraîner toute une série d'usages nouveaux et donc augmenter la demande d’énergie.

La foi dans le progrès technique naît au milieu du 19e siècle.

Notre société est donc aveugle aux productions et aux consommations énergétiques, en bref au monde physique ?

F. J : Notre économie politique actuelle se fonde sur des modèles mathématiques hors-sol, qui considèrent l‘économie comme un système clos, détaché des écosystèmes et du monde physique et qui fonctionnerait grâce au progrès technique selon sa propre dynamique interne. L’installation au cours des deux derniers siècles de cette science économique explique les processus sociaux et politiques publiques à l'œuvre. Mais cette “science” est elle-même invisible à la réalité physique du monde comme le dénoncent des physiciens et des économistes hétérodoxes depuis longtemps. Nos économies sont très énergivores, mais personne ne sait d’où vient notre énergie ! Pour moi, le cœur du travail consiste donc à visibiliser les flux de production et de consommation. Ces flux ont été invisibilisés : par exemple, le déploiement de l’électricité a permis de mettre à distance les lieux de production des lieux de consommation d’énergie. 

Comment expliquer cet aveuglement ?

F. J : Le techno-solutionnisme, un terme proposé par le chercheur Evgeny Morozov et qui renvoie à la croyance selon laquelle des solutions techniques peuvent résoudre des problèmes sociaux, politiques, culturels ou écologiques, explique en partie cet aveuglement. La foi dans le progrès technique naît au milieu du 19e siècle, lorsque l’industrialisation s’intensifie et que les grandes expositions universelles sont organisées. Un nouveau régime d’historicité naît alors : notre relation au temps se projette de plus en plus vers l’avenir au moyen de techniques puissantes. Il s’agit d’un véritable basculement anthropologique : la technique devient le moteur du changement de l’histoire. 

Ce mouvement est soutenu par des ingénieurs, notamment ceux des Mines qui acquièrent au 19ème siècle une position de plus en plus centrale dans les corps des grands ingénieurs d’Etat. Leur mission historique est d’installer la machine à vapeur, de développer l’industrie minière et les applications du charbon et de la vapeur dans un maximum de secteurs d’activités. Au début du 19e siècle, le charbon est d’ailleurs pensé comme une réponse aux crises écologiques de la fin du 18e siècle en permettant d’économiser la biomasse forestière et enrayer la déforestation du continent ! 

Dans un contexte néolibéral mondialisé, les gouvernements n’ont plus qu’une seule façon de donner l’impression qu’ils agissent sur le réel : relancer le récit modernisateur.

Cette prégnance des ingénieurs et de la foi dans le progrès technique s’illustre de façon très concrète dans les confrontations entre riverains et ingénieurs au 19e siècle, au sujet des fumées émanant des usines. À chaque fois que les gens se plaignaient de la pollution, la réponse des ingénieurs consiste en une énième innovation technique. Ici, des fourneaux fumivores étaient mis en place : ils devaient brûler et filtrer la fumée, sans en émettre aucune. Le grand mythe de la machine qui ne rejette aucune pollution grâce à l’innovation s’installe peu à peu. Selon le même principe, les cheminées sont passées de 5 mètres de hauteur environ à plus de 200 mètres pour certaines dans les grands bassins industriels. De même, l’invention de pots catalytiques capables de filtrer les particules fines devait supprimer les pollutions dans les années 1970. Ce type de promesse technique qui ne cesse de ressurgir déplace les débats et disqualifie les autres solutions comme réduire l’usage du charbon ou de la voiture, et fait croire qu’il y aura toujours une réponse technique à tout problème.

Dans quelle mesure observons-nous les mêmes mécanismes aujourd’hui ?

F. J : Aujourd’hui, comme nous sommes une impasse écologique, sans levier pour agir structurellement sur le monde, la seule solution proposée par les élus semble consister à renouveler la fable du progrès technique née au 19e siècle. Nous pensons toujours que grâce à l’ingéniosité humaine, nous inventerons des réponses techniques pour résoudre nos problèmes, qui sont en réalité fondamentalement des problèmes d’organisation sociale et de représentation du monde.

On le voit avec le changement climatique, qui reconfigure tous les débats et invisibilise d’autres problèmes écologiques tout aussi massifs comme la perte de biodiversité. La course à la meilleure solution technique pour résoudre le problème des gaz à effet de serre est lancée : captage de CO2, géo-ingénierie, optimisation des processus par surveillance algorithmique etc. 

Tous les gouvernements, dans un contexte néolibéral mondialisé où les gouvernants ont été privés de toute marge d’action pour agir sur le réel, n’ont plus qu’une seule façon de donner l’impression qu’ils agissent ; celle de faire des CAC40 de start-ups, d’investir des milliards dans la 5G, de montrer que l’on est dans le sens du progrès et de relancer le récit modernisateur.

Si la machine à vapeur s’est imposée, c’est parce qu’elle répondait mieux à la rationalité capitaliste.

Et pourtant, cette histoire du progrès technique n’est-elle pas en partie fantasmée ? Quelle lecture proposez-vous ?

F. J : A rebours du discours dominant, l’histoire énergétique n’est ni progressiste ni linéaire. Aucune technique, de  la machine à vapeur à la centrale nucléaire en passant par le moteur à explosion, n'était destinée à s’imposer. En réalité, une grande partie des acteurs a toujours essayé d'éviter les grands convertisseurs de la puissance (machine à vapeur ou moteur à explosion par exemple), en expérimentant des pratiques alternatives. 

Par exemple, la machine à vapeur met un siècle à s’installer. Elle n’améliore en rien les conditions de travail et fonctionne mal. Jusque dans les années 1870, leur rendement est très mauvais et le coût d’extraction du charbon est prohibitif. Les animaux, les cours d’eau, les moulins à vent ou les bras des hommes sont donc  souvent privilégiés car plus rentables et efficaces. 

Dans son livre « Le Capital Fossile », Andreas Malm formule également cette idée selon laquelle la machine à vapeur ne s’est pas imposée par sa supériorité intrinsèque. Si la machine à vapeur s’est imposée, c’est parce qu’elle répondait mieux à la rationalité capitaliste, et plus précisément à la régularité dans les productions. La machine à vapeur permettait de ne pas être dépendant des aléas des cours d’eau, de leur localisation. 

En miroir du récit triomphant de l’invention de la machine à vapeur, qui s’inscrit dans une histoire de l’innovation, de la modernité et de la puissance, les roues hydrauliques ou encore les manèges de chevaux ont été invisibilisés. Et pourtant, ce qui perdure dans la réalité des pratiques sociales au 19e siècle, ce sont bien ces machines-là. Les manèges de chevaux sont omniprésents en France jusqu’au début du XXe siècle, ils offrent une source d’énergie pour les classes populaires, le petit artisanat rural, et les paysans, pour toute une série d’usages sociaux extrêmement importants. Ce n’est donc pas un archaïsme qui aurait été remplacé par un système à vapeur mais un système technique qui résiste à l’imposition de la machine à vapeur pour certains usages, pour des acteurs qui n’ont pas les moyens d’acheter la machine à vapeur.

Le techno-solutionnisme est-il donc également aveugle aux réalités sociales ?

F. J : L’énergie est principalement pensée comme un ensemble de processus techniques et physiques, alors que ce sont aussi fondamentalement des processus sociaux et politiques. Ce sont des pratiques, des manières de vivre, des agencements entre nous et le monde et des représentations culturelles de ce qui est bien et mal. L’enjeu consiste à visibiliser ces pratiques sociales qui sous-tendent notre rapport à l’énergie, de la même façon que nous devons visibiliser nos flux énergétiques. 

Par exemple, au 18e siècle, la norme sociale de confort thermique était de 12°C. Elle est aujourd’hui aux alentours de 20°C. Tout cela, ce sont des constructions sociales et culturelles. Il est donc primordial de sortir du seul imaginaire du physicien ou de l’ingénieur : il nous faut transformer nos imaginaires sociaux, et ensuite construire les systèmes techniques qui vont avec. Et c’est bien toute la difficulté à laquelle nous sommes confrontés ! Comment transforme-t-on notre rapport au monde, nos pratiques sociales ? Comment sortir de cette fascination consumériste, pour la vitesse, etc. ?

Quels sont les écueils dans notre manière de penser l’évolution énergétique et technique ?

F. .J : L’écueil principal consisterait à laisser de côté la question fondamentale qui est celle de la décroissance. Plutôt que de parler de contraction de notre consommation et de notre production, on ne cesse d’imaginer des manières de produire mieux. C’est ce qu’il s’est passé au début du 20e siècle, avec l’invention du “charbon propre”. Lorsque le pétrole commence à arriver et que l’on remplace les bateaux à vapeur par des bateaux actionnés par le fioul, les industriels du charbon disent utiliser un charbon propre. C’est une stratégie rhétorique, fréquente, pour mettre à distance la nécessité de la contraction de nos consommations et nos productions.

De la même façon, la croyance dans les phénomènes de “dilution” a longtemps permis d’éviter la question de la décroissance. Fondée sur l’idée selon laquelle la Terre serait suffisamment grande pour absorber tous nos déchets, par l’air ou par l’eau, elle a conduit à installer des industries chimiques près des cours d’eau. Dans les années 70, on met même les déchets nucléaires dans des conteneurs que l’on jette dans l’océan, que l’on pense suffisamment grand pour “absorber” cette pollution ! Pour ensuite interdire cette pratique... Cet argument est aujourd’hui difficilement recevable, le mythe de la dilution ne tient plus, même si certains continuent de rêver de conquêtes spatiales.

Les débats autour de la pollution et des ressources énergétiques ne datent donc pas d’hier. Quel rôle peut jouer l’histoire dans la compréhension de ces controverses ?

F. J. : L’histoire n’est pas seulement un réservoir d’expérience dont on pourrait s’inspirer mais elle est d’abord l’analyse de rapports de force qui se sont fossilisés. Faire de l’histoire, c’est montrer que ces rapports de force ne sont pas inéluctables : les sociétés humaines ont fonctionné différemment, à la marge et loin du récit dominant. Cela a un effet de décentrement et de libération. Se rendre compte que l’on peut vivre différemment, que l’on peut entretenir un autre rapport au monde, c’est déjà l’ouverture d’un champ des possibles. En ce sens l’historien explorant des sociétés et des mondes passés se rapproche à mon sens du travail de l’ethnologue qui enquête sur d’autres populations lointaines. La question est de savoir comment inventer des futurs différents et sortir du présentisme qui nous enferme. L’histoire est un réservoir infini de liberté.

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François Jarrige est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne. Il s'intéresse à l’histoire des sociétés industrielles et interroge les conflits, débats et controverses qui accompagnent les changements techniques et l’industrialisation de l’Occident.

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Anthony Cara et Taoufik Vallipuram
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